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Startups MENA : 1,7 milliard de dollars levés au premier semestre 2026, le Maroc face au défi du changement d’échelle

Les startups du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord ont levé 1,7 milliard de dollars au cours des six premiers mois de 2026, selon le rapport publié le 13 juillet par Wamda, en collaboration avec Digital Digest. Malgré un recul de 18 % sur un an, les capitaux continuent de circuler, mais se concentrent davantage sur les Émirats arabes unis, les secteurs éprouvés et les entreprises capables de démontrer leur potentiel de croissance. Encore peu visible dans les classements régionaux, le Maroc renforce ses dispositifs d’accompagnement et de financement pour combler son retard.

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Le financement des startups de la région MENA résiste aux incertitudes géopolitiques, sans retrouver les niveaux observés un an auparavant. Au premier semestre 2026, 242 opérations ont permis de mobiliser 1,7 milliard de dollars, contre 2,1 milliards de dollars au cours de la même période en 2025. Le montant total recule ainsi de 18 %, tandis que le nombre de transactions diminue de 28 %.

Ces résultats, publiés par Wamda en partenariat avec Digital Digest, décrivent moins un effondrement du marché qu’une modification profonde du comportement des investisseurs. Les fonds disponibles ne disparaissent pas. Ils sont orientés vers un nombre plus limité d’entreprises, implantées dans les écosystèmes jugés les plus solides et capables de présenter des revenus identifiables, une gouvernance structurée et une stratégie d’expansion crédible.

La diminution du recours à la dette confirme cette évolution. Celle-ci représentait 44 % des capitaux levés au premier semestre 2025, contre 29 % un an plus tard. Les investissements en fonds propres retrouvent donc une place plus importante, alors que les investisseurs cherchent à sélectionner les entreprises susceptibles de générer une création de valeur durable.

Les Émirats captent 70 % des financements régionaux

La répartition géographique des capitaux révèle une concentration exceptionnelle. Les startups établies aux Émirats arabes unis ont levé 1,2 milliard de dollars à travers 83 opérations. Le pays capte ainsi environ 70 % de l’ensemble des financements recensés dans la région MENA et enregistre une progression de 125 % par rapport au premier semestre 2025.

Cette domination s’appuie sur plusieurs avantages cumulés : présence de fonds souverains, accès aux investisseurs internationaux, réglementation adaptée aux entreprises technologiques, attractivité fiscale et capacité à accueillir des talents venus de différents marchés. Dubaï et Abu Dhabi disposent également d’un tissu suffisamment mature pour financer des entreprises au-delà de l’amorçage.

Financement des trois premiers écosystèmes MENA au premier semestre 2026

Pays

Montants levés

Nombre d’opérations

Évolution annuelle

Émirats arabes unis

1,2 milliard de dollars

83

+125 %

Arabie saoudite

259 millions de dollars

80

-81 %

Égypte

158,9 millions de dollars

29

-11 %

L’Arabie saoudite conserve un nombre élevé d’opérations, avec 80 tours de table, mais les montants mobilisés chutent de 81 %, à 259 millions de dollars. Ce recul doit être comparé à un premier semestre 2025 exceptionnel, alimenté par plusieurs transactions de grande taille. Le marché saoudien reste principalement orienté vers les jeunes entreprises : 69 opérations d’amorçage ont concentré 201 millions de dollars, tandis qu’aucune levée avancée n’a été enregistrée.

L’Égypte occupe la troisième place avec 158,9 millions de dollars levés au moyen de 29 transactions. Malgré un environnement économique contraignant, son recul reste limité à 11 %. Le pays conserve une base entrepreneuriale importante, mais l’accès aux financements de croissance demeure difficile.

La fintech conserve sa domination

La fintech reste le premier secteur d’investissement de la région, avec 708 millions de dollars répartis entre 51 opérations. Elle bénéficie de marchés encore insuffisamment couverts par les services financiers traditionnels, de l’essor des paiements numériques et d’une demande croissante pour les solutions de crédit, d’assurance et de gestion financière.

La logistique arrive en deuxième position avec 315 millions de dollars. Ce montant repose toutefois sur un nombre très réduit de transactions importantes, dont deux opérations ayant représenté 300 millions de dollars au deuxième trimestre. La proptech complète le podium avec 241 millions de dollars levés à travers 18 transactions.

Principaux secteurs financés dans la région MENA

Secteur

Montants levés

Nombre d’opérations connu

Fintech

708 millions de dollars

51

Logistique

315 millions de dollars

Non précisé

Proptech

241 millions de dollars

18

Intelligence artificielle d’entreprise au deuxième trimestre

67 millions de dollars

2

L’analyse des stades de développement fait apparaître une autre fragilité. Les entreprises en amorçage ont réalisé 172 levées pour un montant cumulé de 444 millions de dollars. À l’inverse, seulement 11 startups plus matures ont obtenu 224 millions de dollars. Le marché régional produit donc de nombreuses jeunes entreprises, mais peine encore à financer leur passage vers une taille internationale.

Le rapport de Wamda met également en évidence un déséquilibre considérable entre les fondateurs. Les startups créées exclusivement par des hommes ont capté environ 95 % des capitaux, soit 1,6 milliard de dollars à travers 213 opérations. Les entreprises fondées uniquement par des femmes n’ont obtenu que 2,5 millions de dollars sur 14 transactions, représentant à peine 0,14 % du financement régional.

Le Maroc reste absent du haut du classement

Le Maroc ne figure pas parmi les principaux bénéficiaires des capitaux recensés au premier semestre 2026. Cette absence ne signifie pas que l’écosystème national est inactif. Elle montre surtout que les levées marocaines restent moins nombreuses, moins élevées et parfois moins visibles dans les bases internationales, notamment lorsqu’elles prennent la forme de subventions, de prêts d’honneur ou de financements publics.

À la fin de 2025, le pays comptait plus de 1 200 startups actives, pour des levées cumulées supérieures à 2 milliards de dirhams. Ces résultats restent éloignés des volumes enregistrés aux Émirats arabes unis, mais le Maroc dispose désormais d’une base entrepreneuriale qui dépasse les seuls pôles de Casablanca et Rabat.

Le financement public joue un rôle déterminant dans cette construction. Innov Invest, géré par Tamwilcom avec l’appui de la Banque mondiale, a financé plusieurs centaines de projets aux stades de la préincubation, de l’amorçage et du démarrage. De son côté, 212 Founders, porté par CDG Invest, accompagne les startups disposant d’ambitions nationales et internationales, avec des possibilités de financement pouvant atteindre 3 millions de dirhams en amorçage et 10 millions de dirhams en série A.

Une enveloppe globale de 1,3 milliard de dirhams a également été annoncée dans le cadre de Digital Morocco 2030. Elle comprend 750 millions de dirhams destinés aux programmes de création de startups, 450 millions au développement du capital-risque et 70 millions à l’extension du réseau Technopark. Les objectifs publics portent sur la création de 1 000 startups d’ici la fin de 2026 et de 3 000 à l’horizon 2030.

Plus de 700 millions de dirhams pour accompagner 800 startups

Le programme Startup Venture Building constitue le dispositif le plus important déployé récemment. Lancé en décembre 2025 par le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration avec Tamwilcom, il mobilise plus de 700 millions de dirhams pour accompagner plus de 800 startups pendant trois ans.

Six opérateurs ont été retenus : Technopark, CEED Maroc, Flat6Labs, Open Startup International, Renew Capital et 500 Global. L’accompagnement couvre le développement du prototype, la validation commerciale, la structuration de l’entreprise, le financement de l’amorçage et la préparation des levées suivantes.

Le programme introduit plusieurs instruments complémentaires : une bourse de vie pour les porteurs de projets expérimentés, une bourse d’incubation pouvant atteindre 200 000 dirhams, un prêt d’honneur sans garantie ni intérêt allant jusqu’à 500 000 dirhams et un prêt d’amorçage compris entre 500 000 et 2 millions de dirhams.

Cette architecture répond à une faiblesse ancienne de l’écosystème marocain : le manque de financements entre la création du projet et l’obtention des premiers revenus. Elle ne règle cependant pas entièrement la difficulté d’accès aux séries A et B, indispensables pour recruter, investir dans la technologie et se développer sur plusieurs marchés.

La stabilité ne suffira pas à attirer les capitaux

Le Maroc dispose d’atouts réels pour améliorer son positionnement. Sa proximité avec l’Europe, son ouverture sur l’Afrique, ses infrastructures logistiques et la présence de groupes industriels internationaux créent des débouchés dans la fintech, la logistique, l’agritech, la mobilité, les technologies éducatives et les solutions destinées aux entreprises.

Tanger Med, les filières automobile et aéronautique, les projets d’énergies renouvelables et le développement de l’offshoring peuvent également favoriser l’émergence de startups technologiques liées à l’industrie. La stabilité institutionnelle du pays constitue un avantage supplémentaire dans une région confrontée à de fortes tensions.

Ces éléments ne produiront toutefois leurs effets que si le Maroc parvient à renforcer son marché privé du capital-risque. Les tickets moyens restent modestes, les levées supérieures à quelques millions de dollars sont rares et les opérations de cession demeurent insuffisantes. Sans sorties, les investisseurs récupèrent difficilement leurs capitaux et disposent de moins de ressources à réinjecter dans de nouveaux projets.

Le pays doit aussi mieux accompagner les entreprises après l’amorçage, faciliter leur mise en relation avec les fonds internationaux et améliorer la visibilité de ses réussites. L’enjeu n’est plus seulement de multiplier les incubateurs ou le nombre de projets accompagnés. Il consiste à transformer davantage de startups en entreprises exportatrices, capables de générer des revenus élevés, de créer des emplois qualifiés et d’attirer des investissements étrangers.

Les 1,7 milliard de dollars levés dans la région MENA au premier semestre 2026 montrent que le capital reste disponible, mais qu’il privilégie désormais les marchés organisés et les entreprises présentant des fondamentaux solides. Le Maroc a posé plusieurs fondations financières et institutionnelles. Il doit maintenant réussir le passage de l’accompagnement public à l’investissement privé, puis de l’amorçage au changement d’échelle. C’est à cette condition qu’il pourra convertir sa stabilité et son positionnement géographique en une place durable dans le financement technologique régional.

Source du rapport régional : ⁠Wamda, en partenariat avec Digital Digest, « MENA startups raise $1.7 billion in H1 2026 despite regional uncertainty », 13 juillet 2026.

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