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Nvidia négocierait le rachat de Hugging Face pour près de 13 milliards de dollars

Nvidia serait en discussions avancées pour acquérir Hugging Face, la plateforme franco-américaine devenue l’un des principaux carrefours mondiaux de l’intelligence artificielle ouverte. Évaluée autour de 12,9 milliards de dollars, l’opération n’a toutefois été confirmée ni par le fabricant de puces ni par la start-up. Elle soulève déjà des interrogations sur l’avenir et la neutralité de son écosystème.

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Nvidia négocierait le rachat de Hugging Face pour un montant proche de 12,9 milliards de dollars. Plusieurs informations publiées mercredi 26 et jeudi 27 août 2026 évoquent des discussions avancées, mais divergent sur leur état exact. Certaines indiquent qu’un accord aurait été trouvé, tandis que d’autres affirment qu’aucun contrat définitif n’a encore été signé et que les négociations pourraient toujours échouer.

Les deux entreprises n’ont pas officiellement annoncé l’opération. En l’absence de confirmation, le rapprochement reste donc au stade de projet. S’il se concrétise, il figurerait néanmoins parmi les acquisitions les plus importantes réalisées par Nvidia et dépasserait largement le montant de 6,9 milliards de dollars consacré au rachat de Mellanox, finalisé en 2020.

Fondée à New York en 2016 par les Français Clément Delangue, Julien Chaumond et Thomas Wolf, Hugging Face a commencé par développer un chatbot destiné aux adolescents. L’équipe a ensuite ouvert une partie de sa technologie avant de réorienter son activité vers la création d’une infrastructure collaborative pour l’apprentissage automatique.

La plateforme héberge aujourd’hui des millions de modèles, de jeux de données et d’applications accessibles aux développeurs, aux chercheurs et aux entreprises. Son fonctionnement lui vaut d’être régulièrement présentée comme le « GitHub de l’IA ». Les utilisateurs peuvent y publier, tester, comparer et déployer des modèles, notamment à travers la bibliothèque Transformers, devenue une référence dans le traitement automatique du langage.

Le parcours de Hugging Face conserve également une dimension française importante. En 2017, son équipe, alors composée de quatre personnes, rejoint Station F à Paris. La start-up devient en 2022 la première licorne issue du campus fondé par Xavier Niel, avec une valorisation de 2 milliards de dollars. Celle-ci atteint 4,5 milliards de dollars en 2023 à la suite d’une levée de 235 millions menée par Salesforce, avec la participation de Google, Amazon, IBM et Nvidia.

Hugging Face a continué à entretenir des liens avec l’écosystème français malgré son siège new-yorkais. Une part de ses équipes reste installée à Paris et ses dirigeants participent régulièrement aux événements de Station F. L’entreprise a également acquis Pollen Robotics, une start-up bordelaise passée par le campus parisien, afin de développer ses activités dans la robotique open source.

Le prix actuellement évoqué représente près de trois fois la valorisation obtenue lors de la levée de 2023. Il apparaît également très élevé au regard des revenus de Hugging Face, estimés à environ 150 millions de dollars en rythme annualisé. Sur cette base, Nvidia accepterait de payer plus de 80 fois le chiffre d’affaires de la plateforme.

Ce multiple montre que l’intérêt de l’opération serait principalement stratégique. Nvidia domine déjà le secteur des processeurs utilisés pour entraîner et faire fonctionner les modèles d’intelligence artificielle. Le contrôle de Hugging Face lui permettrait d’étendre son influence à la couche logicielle, aux outils de développement et à la distribution des modèles ouverts.

Le fabricant de puces entretient déjà des relations étroites avec Hugging Face. En plus d’avoir participé à son financement, les deux groupes ont développé des services permettant aux entreprises d’entraîner et de déployer des modèles en utilisant les infrastructures de Nvidia. Hugging Face aurait toutefois refusé, à la fin de 2025, un investissement de 500 millions de dollars qui l’aurait valorisée autour de 7 milliards. La start-up craignait alors qu’un actionnaire devenu trop puissant ne compromette son indépendance.

La perspective d’une acquisition intégrale marque donc un changement considérable. Elle intervient au moment où plusieurs grands laboratoires d’intelligence artificielle cherchent à réduire leur dépendance aux GPU de Nvidia, notamment en développant leurs propres composants ou en utilisant des solutions concurrentes. Acheter Hugging Face offrirait à Nvidia un accès direct à l’espace où une grande partie des modèles ouverts sont publiés, évalués et déployés.

Cette stratégie soulève toutefois une question de neutralité. Hugging Face accueille des modèles conçus pour fonctionner sur différentes infrastructures, y compris celles proposées par des concurrents de Nvidia comme AMD ou Intel. Son intérêt pour la communauté repose précisément sur sa capacité à servir de plateforme commune à des acteurs aux intérêts technologiques divergents.

Le passage sous le contrôle du premier fournisseur mondial de puces d’intelligence artificielle pourrait rassurer les entreprises déjà engagées dans l’écosystème Nvidia. Il pourrait aussi inquiéter les chercheurs et développeurs attachés à l’indépendance de la plateforme. La gouvernance des modèles, l’accès aux données et le traitement réservé aux technologies concurrentes deviendraient alors des questions centrales.

Un éventuel accord devrait également retenir l’attention des autorités de la concurrence aux États-Unis et en Europe. Le rapprochement réunirait le principal fournisseur de puissance de calcul pour l’IA et l’une des plus grandes infrastructures de diffusion des modèles ouverts. Son examen porterait notamment sur les risques de préférence accordée aux produits Nvidia et sur les conditions d’accès des entreprises concurrentes.

Pour la French Tech, l’opération aurait une portée ambivalente. Une cession proche de 13 milliards de dollars consacrerait le parcours d’une équipe française passée par Station F et constituerait une sortie exceptionnelle pour l’écosystème. Elle relancerait parallèlement le débat sur la capacité de l’Europe à conserver les entreprises technologiques qu’elle contribue à faire émerger.

Hugging Face ne se trouve pas dans une situation nécessitant un sauvetage. Son chiffre d’affaires progresse et Clément Delangue a récemment indiqué que l’entreprise se rapprochait de la rentabilité. Nvidia ne chercherait donc pas seulement à acheter une start-up prometteuse, mais à prendre le contrôle d’une infrastructure déterminante pour l’IA ouverte. Tant qu’aucune annonce officielle n’est publiée, le conditionnel reste cependant indispensable.

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